BACK

2018-2022

Un coup de poing dans le ventre. Une femme sans visage. Un poignard dans le crâne. Un monstre dans le corps. Des silhouettes allongées, perforées, pénétrées, déformées, mutilées, érotisées ou chimériques ; des cerveaux morcelés ou remplis sous la contrainte, des visages fatigués, des yeux exorbités, des viscères exhibés, des esprits torturés. Il y a la violence du monde dans les dessins de Signe Frederiksen. Toute la violence du monde et le dessin qui surgit comme une décharge. Virage vital dans la pratique de l’artiste, cette série a été commencée en 2018, au moment où elle travaillait auprès d’enfants atteints de troubles autistiques, de l’attention ou du comportement dans une école primaire de Bruxelles. Constatant son incapacité à continuer l’écriture, son principal médium jusque-là, elle met en place une nouvelle pratique du dessin, quotidienne, calme et méticuleuse, pour dire la violence de l’institution, et plus généralement la domination des corps dans une danse grinçante, d’étranges hybridations avec des animaux et un érotisme aigre. Le surgissement de ces formes de violences, de sexualités, de contraintes dans un univers perçu comme enfantin accentue le malaise. Il y a des ventres pleins et des ventres vides aussi. Des ventres déchirés, lacérés, sondés et des ventres niés. Comme les traces d’un cauchemar dessinées au réveil, ces images mentales puisent aussi leurs sources chez Sophie Podolski, Roland Topor ou Alain Le Saux. Son art trouve aussi son origine dans la position d’observatrice dans laquelle elle aime se placer, favorisant l’acuité du regard, et une grande empathie qu’elle déploie comme un outil tranchant. Tous ces sentiments éprouvés débordent dans des formes qui parlent au ventre plus qu’à la raison.

– Coline Davenne, 2022